« Seul Le Silence » – R. J. ELLORY

« Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes.
Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New-York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient…
Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante. »

Malgré un début touchant, notamment grâce aux personnages, auxquels on s’attache très vite, et grâce au thème de l’enfance, mis en avant dans toute son innocence et sa fragilité, ce roman nous plonge très rapidement au coeur d’un véritable cauchemar.
Les meurtres ressemblent à d’horribles faits divers qu’on lirait dans le journal et cela met le lecteur extrêmement mal à l’aise car cette enfance si douce est violemment brutalisée et cruellement brisée.

Une histoire dure et triste qui s’éternise des années, toute une vie.
« S’éternise », il n’y a pas d’autres mots, car, si l’énigme est horrible et piquante à souhait, digne d’un véritable roman noir, l’histoire traîne en longueur sur quelques 200 à 300 pages, au milieu du roman. Les misères et malheurs du personnage principal sont, malheureusement, un peu trop étalés.
Le suspens et l’horreur sont maintenus à flots jusqu’au bout et la fin n’est rien moins que brillante et bluffante mais cela rattrape difficilement ce sentiment de s’accrocher au bouquin et de trouver le temps un peu long…

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Cette lecture s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“, Prix Mare au Diable 2010.

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« Visa pour Shanghaï » – Qiu XIAOLONG

Quatrième de couverture :
Il y a ceux qui veulent rejoindre les États-Unis coûte que coûte, parfois même au prix de leur vie. Et celles qui veulent parcourir le chemin inverse pour démanteler les réseaux qui jettent sur les côtes des cargos chargés d’hommes. Mais il ne suffit pas d’aller à Shanghai pour contrer les puissantes triades. Car la donne est embrouillée, comme le sont les relations… internationales. Washington doit ramener la femme d’un passeur chinois, Pékin veut sauver la face, la femme du passeur a disparu; et le camarade inspecteur Chen, appelé à l’aide par le Parti, n’entend pas lâcher une affaire en cours pour les beaux yeux du FBI.


Dans une ambiance définitivement chinoise, le roman démarre lentement son immersion complète en terre shanghaïaise.
Avant de se lancer dans l’aventure, il faut aimer, ou du moins s’intéresser un tant soit peu à la Chine, sa culture, son ambiance, ses traditions et sa politique.

L’auteur, dans un style lent et méthodique, présente ses personnages et leurs habitudes à son lecteur : l’enquête n’est pas passionnante et semble être un sujet secondaire. Le camarade inspecteur principal Chen, personnage principal et récurrent dans les romans de Xiaolong, est passionné de poésie, notamment T.S. Eliot, et l’inspectrice Rohn passionée par la Chine. L’auteur profite ainsi de ses personnages pour ponctuer son livre de citations de poésie et de proverbes chinois.
On s’attache peu à peu à ces personnages qui nous emmènent eux-mêmes, au fil des pages, au milieu de l’intrigue.

Mais cette intrigue reste un prétexte pour confronter civilisation occidentale, en l’occurrence américaine, et civilisation chinoise. Au milieu du chaos oriental apparent, règnent respect et sagesse : des valeurs noyées dans un ordre occidental qui se veut modèle.
L’auteur, né à Shanghaï et vivant aux Etats-Unis, est bien placé pour raconter ce fossé culturel, car c’est bien d’un fossé dont il s’agit, tant nos us et coutumes sont différents.

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Cette lecture s’est faite dans le cadre du « Prix littéraire des Blogueurs« , Prix Mare au Diable 2010.

"Le Journal d'une voisine" – Doris LESSING

LESSING

« Il évoque la rencontre de deux femmes: Jane Somers, rédactrice en chef d’un magazine féminin londonien, et Maudie, une vieille dame, solitaire et malade. Sans jamais se départir du soupçon de distance ironique qui fait la force de son écriture, Doris Lessing décrit avec talent les rapports qui se nouent entre ces deux êtres, la tentative d’apprivoisement de l’une par l’autre, les combats désespérés de Maudie pour sauver sa dignité, l’amitié qui naît, profonde et bouleversante. »

C’est un roman où la peur et le refus de vieillir et la confrontation entre jeunesse et vieillesse sont des thèmes prédominants. Dans une moindre mesure, la salle de bain joue son rôle : la salle de bain oui, parce que c’est l’échappatoire de Janna, l’héroïne. C’est là qu’elle réussit à fuir ses peurs, son dégoût pour la vieillesse et tout ce que vieillir implique. Elle fuit dans ses produits de beauté, son maquillage et son bain chaud.

C’est donc son journal que nous lisons : pas de découpage en chapitres mais une succession régulière de jours, un roman franc, presque d’un seul tenant. Le début est un peu abrupte, un pied entre deux âges où les sautes d’humeur des personnages battent bizarrement un tempo un peu lent dans une atmosphère assez sordide : on a l’impression de plonger dans un gouffre de maladies, vieillesse, dégoût, colère, pitié… Et puis, les deux femmes, qui n’appartiennent définitivement pas à la même époque,  s’attachent à leurs façons et nouent un lien qui leur est propre. Elles ont un quelque chose de particulier qui ne ressemble  à personne d’autre parce qu’elle s’écoutent, se donnent du temps, et laissent parler leurs différences.

Le style est excellent. L’écriture est souple et agréable à lire, tantôt raffinée, tantôt rassurante : les choses sont bien dîtes, bien racontées, bien enchaînées. Pourtant, le regard que porte l’auteur sur notre société est critique et sévère, trop sévère. Impitoyable et implacable, elle juge durement la façon dont on considère la vieillesse, la faiblesse et la solitude. Comme s’il était forcément difficile d’éprouver un réelle amitié pour une personne âgée, comme si on ne pouvait ressentir autre chose que de la pitié, de la colère ou de la tristesse.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

« Le Journal d’une voisine » – Doris LESSING
« Il évoque la rencontre de deux femmes: Jane Somers, rédactrice en chef d’un magazine féminin londonien, et Maudie, une vieille dame, solitaire et malade. Sans jamais se départir du soupçon de distance ironique qui fait la force de son écriture, Doris Lessing décrit avec talent les rapports qui se nouent entre ces deux êtres, la tentative d’apprivoisement de l’une par l’autre, les combats désespérés de Maudie pour sauver sa dignité, l’amitié qui naît, profonde et bouleversante. »

"L'Arrière-Saison" – Philippe BESSON

BESSON

« Au commencement, il y a cette peinture d’Edward Hopper qu’on peut voir à Chicago. J’ai dû l’apercevoir à plusieurs reprises avant de m’en procurer une reproduction, un dimanche d’ennui. Un soir, sans intention particulière, j’ai observé la femme en robe rouge de la peinture, assise au comptoir d’un café nommé Phillies, entourée de trois hommes. Alors, çà s’est imposé à moi, sans que j’aie rien cherché. J’ai eu l’envie impérieuse de raconter l’histoire de cette femme et des trois hommes autour d’elle, et d’un café de Cape Cod. »

C’est un roman court qui oscille entre banalités et légèreté.
L’histoire colle parfaitement avec la toile d’Edward Hopper : une ambiance et une époque hors du temps, un endroit parmi d’autre à la fois anodin et particulier. Cela pourrait se passer n’importe quand, n’importe où mais c’est aussi ici et maintenant.
Le décor est empreint de passé et de présent, où se mêlent tristesse, nostalgie et anecdotes. Les dialogues sont rares, un peu monotones et emplis d’amertume. Seuls les personnages donnent un peu de couleurs au tableau et semblent créer le cadre et l’ambiance.
Les phrases et un vocabulaire  simples et les expressions un peu décalées rendent la lecture agréable et fluide. On se laisse doucement porter par les pages.
Seul bémol, le style un peu plat manque quelque fois de caractère.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

"Wisconsin" – Mary R. ELLIS

ELLIS

« La famille Lucas vit dans le nord du Wisconsin, belle terre oubliée peuplée d’ouvriers européens immigrés et d’Indiens Ojibwés. John, violent et alcoolique, passe son temps dans les bars, quand il ne s’acharne pas sur sa femme et ses enfants. L’aîné, James, lassé des frasques paternelles, s’engage pour le Vietnam. Il ne reviendra pas, laissant son jeune frère Bill à ce sombre quotidien. Seuls les Morriseau veillent de loin et le soutiennent pendant le périlleux passage de l’enfance à l’âge d’homme. Mais au coeur de cette nature immuable et splendide qui panse les blessures et apaise les peurs, ce qui reste d’amour donne doucement la force de survivre. »

Le Vietnam et les horreurs d’une guerre, l’alcoolisme et les ravages que cela provoque au sein d’une famille, l’amour et l’admiration d’un petit garçon pour son grand-frère, le refus d’accepter la mort d’un proche, la difficulté de vivre sans pouvoir avoir d’enfants, … autant de sujets sensibles et durs abordés avec une simplicité touchante.
Sans tomber dans les clichés mélodramatiques de la vie, l’auteur nous raconte, dans un style fluide et agréable, une belle histoire à la fois émouvante et dure : une vision intime du quotidien d’une famille que la vie n’épargne pas.

Il s’agit donc d’une lecture très plaisante, sans fioritures ni artifices littéraires, au cours de laquelle on passe un bon moment malgré la gravité des thèmes évoqués.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du « Prix littéraire des Blogueurs« .

"La Physique des Catastrophes" – Marisha PESSL

PESSL

« Bleue Van Meer, adolescente précoce, mène une vie peu ordinaire. Son père, un intellectuel exubérant, la ballotte d’une ville universitaire à l’autre. Ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les joutes oratoires et refont ensemble l’histoire de la littérature et de la physique quantique. Mais un jour, Bleue découvre son professeur d’anglais pendue à un arbre. En tentant d’élucider ce drame, elle percera les secrets de son entourage… »

Bleue, l’héroïne narratrice, est une adolescente assez particulière.
L’histoire semble certes très intéressante, mais elle met un temps infini à démarrer : le début, un « prologue » de quelques pages, cadre le récit et en jette les bases puis, s’en suit plus de 300 pages d’attente vide… L’auteur se perd dans une foule de digressions qui nous fait malheureusement un peu décrocher. Un peu comme quelqu’un qui nous raconte une histoire passionnante mais dont le surplus de détails nous noie dans le récit, au point que l’on en oublie l’essentiel pour finalement se désintéresser du récit lui-même.

« J’en viens au moment décisif de mon récit », page 369 (sur 610 pages !), chapitre Délivrance, Editions Gallimard, 2007 ; Page suivante :
« Sans les évènements relatés dans ce chapitre, jamais je ne vous aurais raconté mon histoire, car je n’aurai tout simplement rien eu à écrire. […] Cela n’aurait été, avec un peu de recul, qu’une histoire sans intérêt ».

Le tout, saupoudré d’une quantité astronomique de références littéraires et cinématographiques, un véritable bouillon de culture qui submerge complètement le lecteur.

Ces 370 pages « d’histoire sans intérêt » enfin digérées, l’intrigue commence ! Et malgré moult détours, on s’y plonge avec d’autant de plaisirs que le début fut laborieux. Malheureusement, en comparaison avec les deux premiers tiers du bouquin, la chute, un peu trop rocambolesque en devient limite extravagante tant l’intrigue se complique !

En bref, une histoire qui pourrait être captivante si la narration n’était pas si lente, décousue et ponctuée d’un trop-plein de blabla assommant.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.