"La Physique des Catastrophes" – Marisha PESSL

PESSL

« Bleue Van Meer, adolescente précoce, mène une vie peu ordinaire. Son père, un intellectuel exubérant, la ballotte d’une ville universitaire à l’autre. Ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les joutes oratoires et refont ensemble l’histoire de la littérature et de la physique quantique. Mais un jour, Bleue découvre son professeur d’anglais pendue à un arbre. En tentant d’élucider ce drame, elle percera les secrets de son entourage… »

Bleue, l’héroïne narratrice, est une adolescente assez particulière.
L’histoire semble certes très intéressante, mais elle met un temps infini à démarrer : le début, un « prologue » de quelques pages, cadre le récit et en jette les bases puis, s’en suit plus de 300 pages d’attente vide… L’auteur se perd dans une foule de digressions qui nous fait malheureusement un peu décrocher. Un peu comme quelqu’un qui nous raconte une histoire passionnante mais dont le surplus de détails nous noie dans le récit, au point que l’on en oublie l’essentiel pour finalement se désintéresser du récit lui-même.

« J’en viens au moment décisif de mon récit », page 369 (sur 610 pages !), chapitre Délivrance, Editions Gallimard, 2007 ; Page suivante :
« Sans les évènements relatés dans ce chapitre, jamais je ne vous aurais raconté mon histoire, car je n’aurai tout simplement rien eu à écrire. […] Cela n’aurait été, avec un peu de recul, qu’une histoire sans intérêt ».

Le tout, saupoudré d’une quantité astronomique de références littéraires et cinématographiques, un véritable bouillon de culture qui submerge complètement le lecteur.

Ces 370 pages « d’histoire sans intérêt » enfin digérées, l’intrigue commence ! Et malgré moult détours, on s’y plonge avec d’autant de plaisirs que le début fut laborieux. Malheureusement, en comparaison avec les deux premiers tiers du bouquin, la chute, un peu trop rocambolesque en devient limite extravagante tant l’intrigue se complique !

En bref, une histoire qui pourrait être captivante si la narration n’était pas si lente, décousue et ponctuée d’un trop-plein de blabla assommant.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

"Auprès de moi toujours" – Kazuo ISHIGURO

ISHIGURO

« Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham : une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d’une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes. »

Difficile de savoir par où commencer quand on a l’impression très nette d’être passé à côté du livre…

L’histoire, un grand mystère dévoilé à demi mot, n’est ni passionnante ni vraiment ennuyante. On tourne autour du pot, en nous donnant des éléments au compte goutte au milieu d’anecdotes et de souvenirs racontés, sans trop en dire à chaque fois, voire sans réellement dire quoique ce soit.
Le côté sans queue ni tête dans l’enchaînement des souvenirs est sympa mais le fil conducteur est assez peu captivant dans l’ensemble.

Ce qui est lassant, c’est de rester à côté, de s’accrocher jusqu’à la fin du bouquin pour finalement être incapable de dire si c’était bien ou pas…
Plein de questions restent en suspens et les réponses sont trop souvent peu cohérentes, bizarres ou improbables…

Pourquoi Hailsham tout court ?

Un livre entre deux, un peu décevant et frustrant… Il manque un truc.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

"Les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux" – Vikas SWARUP

SWARUP

« Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de « Qui veut gagner un milliard de roupies ? », la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à treize questions pernicieuses ? Accusé d’escroquerie, sommé de s’expliquer, Thomas replonge alors dans l’histoire de sa vie… Car ces réponses, il ne les a pas apprises dans les livres, mais au hasard de ses aventures mouvementées ! Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux… »

Ce livre est à l’origine de Slumdog Millionaire, le film sensation de Danny Boyle sorti cet hiver (2008) et qui a raflé presque tous les oscars.

Il s’agit du premier roman de Vikas Swarup. Le début, le prologue, est mouvementé et le style est fluide mais le lexique et les thèmes abordés sont très durs : violence, corruption, torture, pauvreté, injustice… Un premier abord très amer qui force un peu à s’accrocher pour continuer. La  construction est régulière et forme un fil conducteur pour le lecteur : chaque chapitre raconte l’histoire qui a permis au héros de répondre à la question du jeu télévisé et un épilogue en guise de fin.

Le vocabulaire indien rend la lecture un peu difficile à suivre. Il est fastidieux de devoir se référer trop fréquemment au lexique et les allusions au acteurs et personnages célèbres de l’Inde nous échappent un peu. Mais les histoires nous tiennent en haleine. Elles sont intrigantes et bien écrites. Les enchainements de chance et de coups du sort sont complètement rocambolesques et parviennent à nous faire sourire au milieu d’un univers bien pauvre.

Le quotidien de l’Inde est bouleversant et les thèmes du livre percutants. Malheureusement l’ensemble est abordé avec trop de timidité : l’auteur ne va pas assez loin : trop descriptif, il raconte les faits avec force de détails sur le décor et l’action mais le thème en soit est trop souvent survolé. Certains personnages, certaines administrations mériteraient un peu plus d’attention, justement pour nous aider à entrer dans ce monde si difficile et si violent qu’est le quotidien du jeune héros indien.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

"Les Autres" – Alice FERNEY

FERNEY

« Théo fête ce soir ses vingt ans et rien ne devrait troubler ce moment de convivialité et de réjouissance. Rien sinon le jeu de société que son frère aîné lui offre, qui révèlera à chaque participant la façon dont les autres le perçoivent, menaçant de remettre en cause l’idée qu’il se faisait de lui-même et des sentiments réciproques l’attachant à ses proches. Au fil de la partie, le jeu devient le révélateur de secrets de famille jusque-là soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance… et nul ne sortira indemne de la soirée. »

Ce roman dévoile des choses.

On ne saurait jamais se voir d’où les autres nous regardent.

Par trois fois, ces choses sont mises à nues, exposées à nous, différemment.
Des choses pensées, dites et rapportées.
Des choses qui amusent, blessent ou choquent.
Des choses qui riment avec vérités  qui dérangent.
Surtout, des choses que d’autres ont dans leur tête et que l’on découvre de manière intrusive d’abord puis avec curiosité.

Une curiosité presque déplacée, un peu gênante. Mais on se laisse agréablement prendre au jeu, car c’est d’un jeu qu’il s’agit. On a envie d’en savoir plus et tout est dit par petits bouts alors on s’accroche au jeu comme si on épiait les personnages, ces autres, par le trou de la serrure. Sauf que l’on accède même à leurs pensées intimes. On commence même par cela.

Ce jeu nous amuse, nous trouble et nous donne à réfléchir.

Sommes-nous seulement ce que les autres font de nous en étant avec nous ce qu’ils sont que nous faisons d’eux ?

On se contente d’y assister, d’observer et on se garde bien de participer. Parce que ces choses qu’on lit sur ces autres, parfois, surprennent mais bien souvent  font mal, en secret.
Mais nous ne sommes que le lecteur, on ne joue pas. Heureusement ?

L’auteur, dans un style franc et fluide, révèle, avec des mots du quotidien, des choses complexes, presque irréelles, que l’on voudrait garder intimement cachées au fond de soi-même.
Intrusif et polémique, ce roman surprend tant par sa construction que par les thèmes abordés, avec simplicité, mais peut-être un peu trop de naïveté et de longueurs parfois.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

"Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary" – Philippe DOUMENC

DOUMENC

« Elle s’appelle Emma Bovary et son histoire est célèbre. Amoureuse de l’amour, elle a vécu d’illusions, trompé son mari et ruiné son ménage. Dans un geste de désespoir, elle se tue en absorbant une forte dose d’arsenic – c’est du moins ce que prétend Flaubert. Or c’est un fait reconnu que l’arsenic, en une seule prise, n’est presque jamais mortel… »

Le titre est intrigant. A première vue, un auteur contemporain reprend un grand classique de la littérature française pour mener une enquête policière. Et pour entrée en matière, ceci :

« Mais naturellement ma pauvre Bovary s’est bien empoisonnée elle-même. Tous ceux qui prétendront le contraire n’ont rien compris à son personnage !… Comment ne pas se suicider si l’on a un peu d’âme et que le sort vous condamne à Yonville ? »

Gustave Flaubert, Correspondance avec George Sand.

Puis, le récit de la mort d’Emma, une mort lente, douloureuse et ces mots chuchotés au médecin :

« Assassinée, pas suicidée. »

Flaubert serait-il lui-même le premier suspect ? Et les habitants de Yonville, cette ville qui semblait si peu propice à l’épanouissement d’Emma, qu’en est-il d’eux ? Qu’ont-ils donc à cacher ?

Une contre-enquête démarre dans une ambiance hivernale et triste : l’autopsie, l’enterrement, les interrogatoires et dépositions qui s’ensuivent…
Le style, très littéraire et accompagné de descriptions précisent plantant le décor, place la contre-enquête dans la droite lignée du roman de Flaubert.
Dans la lignée du roman, certes, mais d’un point de vue tout autre, piquant, presque acerbe. Une intrigue bien menée au cours de laquelle on redécouvre avec plaisir les personnages du roman sous un autre angle, à commencer par Emma. C’est l’envers du décor qui nous est présenté, un décor qui semble plus vrai, mais plus dur aussi. On est plongé dans un univers où se mêlent passions ennivrantes, douce cruauté et amères rêveries. Un monde plus abîmé,  bien loin de celui auquel aspirait la belle Emma et dans lequel la réalité rattrape durement les rêves d’une jeune fille trop sensible et trop fragile livrée à des âmes solides et peu scrupuleuses.
Une lecture aussi agréable que surprenante qui reprend un grand classique de la littérature française tout en s’en démarquant subtilement.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du « Prix littéraire des Blogueurs« .

"J'Habite dans la télévision" – Chloé DELAUME

DELAUME

« Ce que nous vendons à Coco-Cola c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Chloé Delaume décide de prendre au mot le fameux propos de Patrick Lelay et se met en condition pour comprendre comment se fabrique cette disponibilité temporelle et cérébrale. Nuit et jour, elle s’étudie elle-même en train de se soumettre à l’afflux de messages publicitaires en ingurgitant le maximum de programmes de divertissement. »

L’auteur / narrateur met en place une expérience : 22 mois devant la télévision. Elle nous décrit sa transformation, ses sensations, et ses constats. Mais surtout sa disparition. Sa perte de contrôle totale sur le monde réel et sur elle-même.

C’est un texte déroutant, qui ressemble plus au discours d’un fou, tant le début est décousu et bizarre. Le style est très particulier, les phrases alambiquées forment un ensemble peu cohérent et assommant. C’est un véritable puzzle que l’on a du mal à reconstituer au cours de sa lecture, encore moins à apprécier…

Il est difficile de parler d’un roman car il ne s’agit pas d’une histoire racontée mais plutôt du bilan très personnel d’un travail expérimental. Regarder la télévision, c’est une chose ; en abuser, c’est pas bien, voire dangereux. Soit.
Le résultat, le texte, présente, à mon sens, peu d’intérêt même s’il est évident que l’auteur sait de quoi elle parle**.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du « Prix littéraire des Blogueurs ».

** Je me permets de faire un lien sur le blog de George Sand dont la critique est particulièrement complète et riche d’informations.

"Les lois de la gravité" – Jean TEULE

TEULE

« Dans trois heures, le lieutenant Pontoise pourra quitter son commissariat. Il sera alors libre d’oublier pendant deux jours les turpitudes et les angoisses qu’inflige à ceux qui l’exercent le dur métier de policier. À cet instant précis, une femme entre dans le commissariat désert et demande à être arrêtée pour avoir assassiné son mari. « Comment ? » En le poussant par la fenêtre de leur appartement du 11e étage. « Quand ? » Il y a dix ans. « Pourquoi ? » Parce qu’il était sadique, irresponsable et qu’il la battait, elle et ses enfants. « Comment se fait-il qu’elle n’a jamais été inquiétée ? » Parce qu’elle a dit qu’il s’agissait d’un suicide et comme son mari sortait d’un hôpital psychiatrique après avoir plusieurs fois tenté de se tuer, tout le monde l’a crue. »

C’est un roman très court et découpé en de nombreux chapitres.
L’entrée en matière est très rapide et le lecteur est, dès les premières lignes, propulsé au sein de l’histoire, dans le vif du sujet. Le style est déstabilisant, constitué de courtes phrases et très descriptif. Mais ces descriptions sont efficaces et ont un but narratif évident. Elles sont complémentaires à l’histoire dont le détail et les précisions nous sont données par flash-back écrits au présent.

Le roman dérape assez rapidement, l’histoire surprend et met mal à l’aise. Le lecteur est projeté entre les deux personnages principaux, la femme et le policier, sans vraiment pouvoir prendre réellement position pour l’un ou l’autre. Nous sommes face à un dilemme cornélien opposant conscience sociale et morale et sentiments personnels.

« Un oeil condamne tandis que l’autre acquitte…

La place exacte de Gilles est entre ses deux yeux. »

La fin du roman est très rapide, presque brutale. On prend conscience qu’il s’agit d’une histoire dure. Les personnages sont un mélange de force, de dureté et de douceur âpre tant par leur physique que par leur personnalité, leurs sentiments et leur vécu. C’est un sentiment de frustration et d’injustice au goût amer qui s’installe au fur et à mesure que la fin approche.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du « Prix littéraire des Blogueurs ».